Lorsque certains mots circulent dans notre environnement, qu’ils imprègnent l’atmosphère et les cerveaux, il est toujours intéressant d’aller voir leurs étymologies. Leur histoire et leur aura.
La crise du système. En lisant les étymologies ci-dessous, l’on peut voir émerger d’autres mots :
crise -> décision, choix à faire pour "sortir de la crise"
Dans quel domaine prendre des décisions ?
système -> une construction intellectuelle, un ensemble de croyances qui organisent ensuite nos pratiques.
Réformer le système, c’est avant tout réformer notre système de croyances, une épreuve intellectuelle nécessitant perceptions et visions nouvelles.
CRISE
(1503 ; crisin, h. XIV° ; lat. méd. Cirsis, gr. Krisis « décision »).
1° Méd. Moment d’une maladie caractérisé par un changement subit généralement décisif, en bien ou en mal. V. Phase (critique). (...)
2° Par ext. Manifestation émotive soudaine et violente. (...) Crise morale, religieuse.
3° Par anal. (1690). Phase grave dans l’évolution des choses, des événements, des idées. V. Perturbation, rupture (d’équilibre). (...)
(1552 ; repris V. 1650, répandu XIX° ; gr. Sustêma « assemblage, composition »).
I° Ensemble organisé d’éléments intellectuels.
1° Hist. Sc. Ensemble conçu par l’esprit (à titre d’hypothèse, de croyance) d’objets de pensée unis par une loi. V. Théorie. (...)
2° Ensemble d’idées, logiquement solidaires, considérées dans leurs relations ; construction théorique que forme l’esprit sur un vaste sujet (philosophique, scientifique). V. Doctrine, idéologie, opinion, philosophie, théorie, thèse. (...)
3° (XVII°). Ensemble coordonné de pratiques tendant à obtenir un résultat (V. Manière, méthode, moyen, plan) ou présentant simplement une certaine unité. (...)
4° (XVIII°). Ensemble de pratiques, de méthodes et d’institutions formant à la fois une construction théorique et une méthode pratique. Système de législation, d’enseignement. V. Politique. Système syndical. Système politique, économique, social. V. Régime. - Absolut. L’armature économique, politique, morale d’une société donnée (le plus souvent la société capitaliste) sentie comme une contrainte. Être dans le système. V. intégré.
5° Absolut. Tendance à penser, agir, écrire selon le système. V. Systémique. (...) - ESPRIT DE SYSTÈME : attachement aux systèmes, tendance à organiser, à relier les connaissances particulières en ensembles cohérents. - Tendance à faire prévaloir la cohérence interne, l’intégration à un système, sur la juste appréciation du réel.
II. (1690). Ensemble possédant une structure (2°, 3° ou 4°), constituant un tout organique.
1° Ensemble structuré d’éléments naturels de même espèce ou de même fonction. (...) V. Code. - Sc. Région de la matière contenant une quantité définie de substance ; ou plan d’arrangement des termes d’un ensemble matériel. Système planétaire, solaire, galactique. Système de force, de vecteurs. Systèmes cristallins, caractérisés par l’ensemble des directions de forces. - Géol. Ensemble de terrains appartenant à une période. - Anat. Ensemble d’organes ayant une structure analogue (en langage courant, on appelle aussi systèmes divers appareils anatomiques). Système nerveux central et périphérique. (...)
2° Sc. Appareil, dispositif formé par une réunion d’organes, d’éléments analogues constituant un ensemble cohérent. Système articulé : assemblage de solides liés deux à deux. (...) V. Programme.
3° Ensemble structuré (de choses abstraites). Un système de concepts, de notions, de relations. (...). - Système de coordonnées, système de référence.
(Le petit Robert, 1988)
Dans le dictionnaire historique de la langue française [1], il est précisé :
« Sustêma vient du verbe sunistanai « placer ensemble, grouper, unir », composé de sun « avec, ensemble » et de histanai « placer debout ».
Système, écrit aussi sistème jusqu’au début du XVIII° siècle, est introduit au milieu du XVI° s. dans le vocabulaire scientifique pour désigner un ensemble de propositions, ordonnées pour constituer une doctrine cohérente du monde ; cet emploi, qui ne présume pas de la vérité des propositions, se développe surtout à partir de la seconde moitié du XVII° siècle.
Système, employé par Descartes en astronomie (1633), se répand dans le vocabulaire intellectuel à partir des années 1660, au sens de « doctrine à l’aide de laquelle on coordonne des connaissances relatives à une entité morale ou sociale » », extension qui semble due à l’ouvrage de Cureau de La Chambre, Le Système de l’âme (1644) ; le mot s’applique ensuite à l’ensemble des connaissances et des moyens mis en œuvre dans les affaires (1675) et dans l’activité littéraire (fin XVII°), puis plus généralement (1690) à un ensemble coordonné de pratiques par lesquelles on tend à obtenir un résultat. (...)
Au sens de « construction théorique », le mot connaît un emploi péjoratif (1721) pour parler de la tendance à parler ou à agir selon une interprétation du réel, en particulier dans par système « de parti pris » (av. 1778) et esprit de système (1751, d’Alembert) « attachement aux systèmes » et surtout « tendance à faire prévaloir l’intégration à un système sur la juste appréciation du réel ».
En économie, le mot s’emploie à propos des combinaisons de finance et de crédit construites par Law (v. 1720 : on a dit à ce propos le Système (1734), l’Antisystème étant attesté dès 1718) et en politique d’un ensemble de doctrines et d’institutions formant une théorie et une méthode pratique (1762, Rousseau). Cet emploi social est préparé par des contextes de sens général (1675, le système de la Cour). Avec ce sens, le mot entre dans de très nombreux syntagmes, souvent en alternance avec régime (système politique). Le système est défini aussi péjorativement (1832) comme l’armature d’une société (politique, économique, morale), considérée comme contraignante, valeur reprise par les adversaires de la IV° République pour qui le système représentait le régime parlementaire de type français (V. 1950-1958).
Un ouvrage indispensable et jubilatoire pour se promener dans la langue...
[1] Dictionnaire historique de la langue française. Sous la direction d’Alain Rey. Le Robert