L’homme et la femme, le Un et le Deux Dc Philippe Dransart - La maladie cherche à me guérir. Edition Le Mercure Dauphinois. écrit ou transmis le dimanche 24 septembre 2006 - par
Sandrine Delrieu,
« Par l’union du Un et du Deux
où se dit la beauté de la vie
naît la multitude des êtres et des nombres »
L’APPAREIL GÉNITAL
Qui dit appareil génital dit sexualité. Parler de sexualité en quelques lignes est une gageure, car tant de livres ont été écrits sur ce sujet que je ne peux ajouter qu’un modeste grain de sel.
Mais ce grain de sel existe, et il se cache dans une réflexion toute simple à propos de nos particularités anatomiques.
L’être humain pense à partir de ce qu’il vit, et il vit à partir de ce qu’il ressent, et ce qu’il ressent c’est d’abord par son corps qu’il le ressent. Inconsciemment, c’est à partir de notre corps que nous structurons le cadre de notre pensée, comme cela a été évoqué à propos de notre tête qui dirige et qui est plus haute que nos pieds : de cette notion de haut et de bas, que l’enfant vit à travers sa croissance et que l’on ne retrouve nulle part sous cette forme à l’échelle du cosmos, découle notre perception de la hiérarchie sociale et de son système de valeurs. Notre pensée s’élabore en référence à notre anatomie.
Quelle en est la conséquence ?
L’homme et la femme sont par de nombreux côtés semblables, mais ils ne se distinguent pas seulement par leur anatomie. Il semble que nous pensions de la même façon, en réalité il est des domaines où notre perception de la vie est profondément différente.
Le pénis de l’homme est "plein", orienté vers la conquête de l’action et de l’espace extérieur, le vagin de la femme est "vide", orienté vers le ressenti et la conquête de la subtilité intérieure. C’est une caricature certes, car il existe des hommes féminins et des femmes masculines, mais cela résulte d’une subtile compensation psychologique et quelquefois d’un rejet de cette anatomie et de ce corps auxquels malgré tout on ne peut se soustraire. Dans sa manière de penser et ressentir, la femme la plus masculine ne sera jamais un homme [1] et réciproquement.
Cette polarité masculine féminine est présente partout. Par exemple, les trois religions d’Occident sont des religions monothéistes, qui mettent en avant le Père. Elles sont "conquérantes", cherchant à faire des fidèles et à les maintenir dans la voie, la "loi" du père. Les religions d’Orient sont beaucoup plus "féminines", elles mettent l’accent sur la conquête intérieure de soi-même. Et là où l’Occident parle de "Dieu", l’Orient parle de la « Vacuité ».
Cette polarité, nous la retrouvons dans l’espace, lorsque la plénitude des corps célestes se déplace dans le "vide". Ce vide-là, en réalité est comme une matrice invisible qui porte la manifestation, comme une mère porte avec amour son enfant. Et lorsque les corps célestes se meuvent dans ce vide, l’un et l’autre se portent mutuellement en une danse et une complémentarité de mouvement comme s’ils se cherchaient sans jamais réellement se rencontrer, sauf lors d’un instant de fusion, un moment magique qui est la source de la création. Ce que l’homme et la femme vivent dans l’intimité est à l’image de la création d’une étoile, un instant magique hors de nos limites, et chacun de nous est né de cela.
Nés de cette rencontre, nous ne sommes pas "homme", "femme", nous sommes les deux, mais l’un des deux se cache afin que l’autre expérimente aussi complètement que possible ce que son corps lui donne l’occasion de saisir et de percevoir de la vie. Et de cela résulte un manque, le manque de "l’autre", et ce manque va devenir le plus puissant moteur de notre vie, qu’il s’exprime sur le plan sexuel, affectif, relationnel ou intellectuel, philosophique et spirituel [2].
Revenons à l’anatomie : chez l’homme, le système urinaire et le système génital se rejoignent au niveau de la prostate, pour fusionner en un même canal à travers l’urètre et le pénis. L’un comme l’autre sont nés du même tissu embryonnaire, et c’est pourquoi on parle de système uro-génital, bien que les deux fonctions soient différentes. À leur manière, les chinois sont en accord avec cette relation car pour eux les reins sont la source de l’énergie sexuelle.
Chez la femme, les deux systèmes, bien que proches, ne sont jamais réunis, chaque système s’exprimant de manière distincte, ce qui veut dire que chez la femme, l’expression de la sexualité et du rapport aux ancêtres sera distincte, tandis qu’il sera confondu chez l’homme.
Pourquoi cette remarque ? Lorsqu’une femme vient consulter son médecin, elle est capable de décrire avec beaucoup de finesse ce qu’elle ressent, tant au niveau de son corps que de ses émotions, et cela est plus difficile à un homme. Il est rare qu’un homme ait assez de distance vis-à-vis de lui-même pour pouvoir parler de ses émotions aussi librement qu’une femme peut le faire. Pour comprendre cette idée de distance, je vous propose de prendre ce livre, de le poser sur vos yeux : vous ne voyez plus rien. Maintenant écartez-le, les lettres deviennent distinctes, précisément parce qu’elles sont distinctes... de vous ! Nous ne pouvons voir clairement les choses auxquelles nous nous sommes trop identifiés. En nouant dans son corps l’énergie sexuelle et l’énergie des ancêtres (les reins), l’homme est UN. Cette unité fait sa force mais aussi sa faiblesse, car étant Un, l’homme est identifié à son nom [3]. Et cette identification a quelque chose de lui-même dont il a hérité le prive en partie de cette finesse d’analyse de soi-même que possède la femme.
Le propos de ce livre n’est pas de développer toutes les implications de cette idée, mais retenons ceci : le rein représente l’ancêtre, la relation parentale, et l’homme a besoin de cela comme d’une énergie psychique profonde pour "tenir son rôle", son rôle d’amant. C’est en s’identifiant à son père qu’il devient capable un jour de "prendre la relève", pour assurer la pérennité de la descendance, mais c’est aussi en s’identifiant à cela qu’il perd le recul et la capacité d’analyse, de sorte que la "panne sexuelle" le laisse complètement désarmé. Cette fusion anatomique et psychologique de l’appareil urinaire et génital chez l’homme, c’est ce qui fait à la fois sa force et sa faiblesse. Il tient sa force de ses ancêtres (que symbolisent les reins), mais son système génital est lié à cela, à ce que les reins représentent, son affiliation à la source et à l’ancêtre.
Au niveau de la sexualité, et à travers elle, de ce "manque" qui nous anime, l’homme est "Un" tandis que la femme est "Deux". Cela nous anime et cette différence n’est pas rien, car c’est toute l’aspiration de la vie qui en découle ! La dualité chez la femme lui confère certes une ambivalence, mais aussi la capacité de ressentir, de reconnaître sa "division" et de faire avec, ce dont l’homme est rarement capable. Cette "division" paradoxalement fera sa force, car elle sera non seulement capable de voir plus facilement que lui l’endroit et l’envers des choses, mais aussi de ressentir et comprendre à la fois avec logique et finesse, enfin d’être capable de choisir et trancher dans les domaines qui concernent rein et sexualité, à savoir les relations intimes. Elle a, sur le plan des sentiments, un recul qui lui permet d’en parler plus facilement et de mieux assumer les difficultés qu’elle vit sur ce plan.
Elle a besoin de lui pour retrouver son unité profonde, tandis que lui a besoin d’elle pour accéder à sa "division" [4], à la connaissance subtile de son être, et à travers le deux à la réalité voilée des choses. Ils sont l’un pour l’autre le chemin de leur âme.
Au-delà de ces différences de perception qui entretiennent tant de difficultés conjugales, au-delà de ce qui ressemble quelquefois à un dialogue de sourds où chacun campe sur ses positions en toute bonne foi et en prenant au besoin les enfants à témoin, au-delà de ces multiples impasses dans la communication où l’on espère être compris un jour, plus tard... et à travers tous ces petits choix et partages de la vie quotidienne, à travers enfin les moments de tendresse et d’amour, homme et femme sont le chemin l’un pour l’autre.
Dr Philippe Dransart
La maladie cherche à me guérir
Édition Le Mercure Dauphinois
p 265 à 269
[1] Cette différence, notre vie moderne cherche à la gommer. La femme travaille au même titre que l’homme, sinon davantage au regard de ses soucis domestiques, et au prix d’une organisation très serrée de son emploi du temps et de multiples compromis. Que veut dire "égalité" dans une société de concurrence et de conquête de marchés où la qualité première est de "se mettre en avant" ? Sauf exception, la femme ne peut y réussir qu’en mettant en avant ses qualités masculines. Heureusement pour elle, sa nature duelle lui donne un atout pour cela, un atout qui manquerait à l’homme si les rôles étaient inversés. Curieuse égalité pourtant qui se fonde sur un déni de la dimension féminine de la vie.
[2] Freud avait perçu cela, qu’il a nommé "libido", mais ce n’était pas de sa part, contrairement à ce que l’on pense en général, un désir de tout ramener au sexe. C’était, par le sexe, la découverte fondamentale que nous sommes animés par un manque. Hélas, en plaçant le "phallus" au centre de sa théorie, il n’a pas su où mettre le "vase" (vagin signifie "qui a la forme d’un vase"). En réalité, ni le vase ni le phallus sont au centre, ce qui est au centre, c’est la rencontre.
[3] Dans nos cultures, l’homme garde son nom, c’est-à-dire celui de son père, sa vie durant, tandis que la femme est plus libre par rapport à cela. Elle peut choisir de garder son nom déjeune fille ou épouser celui de son mari : qu’elle fasse l’un ou l’autre, peu importe, elle n ’est pas attachée comme lui à la nécessité de maintenir érigé le "nom" et l’image du "père" qui s’y rattache, son rôle est tout autre.
[4] Ceux qui s’intéressent au symbolisme auront sûrement pensé à la seconde lame du Tarot, la "Papesse", qui se tient assise, le livre de la Connaissance sur ses genoux, devant les deux piliers d’un temple caché par un voile : elle est pour lui l’accès à la connaissance intime du secret de la vie. Je développerai cette idée plus loin.