Le Complexe d’Oedipe, par J.D. Nasio. J.D Nasio. L’Oedipe, le concept le plus crucial de la psychanalyse. Collection Désir. Edition Payot. écrit ou transmis le vendredi 12 octobre 2007 - par
Sandrine Delrieu,
Cet extrait de l’excellent livre de J.D Nasio a permis, dans la Lettre de Lunaison n°37 du mois d’octobre 2007, d’enrichir une réflexion sur le passage de Saturne en Lion à Saturne en Vierge. En effet, entre le début juillet 2007 et le mois d’octobre 2007, en lien avec une conjonction Vénus / Saturne en lion/vierge, il est possible que la période juillet 2007 —> octobre 2007 fut particulièrement favorable à un travail sur ce complexe d’oedipe.
Extrait :
Quant à l’ambiance actuelle (Vénus / Saturne / Lion / Vierge / Scorpion), et au type d’événements que nous pourrions retrouver et éclaircir en notre personne, nous avons à ce jour plusieurs indices :
du côté du Complexe d’Oedipe,
J.D Nasio note : « l’Oedipe est une affaire de démesure : c’est un désir sexuel propre à un adulte, vécu dans la petite tête et le petit corps d’un enfant de quatre ans et dont les parents sont l’objet. L’enfant oedipien est un enfant joyeux qui, en toute innocence, sexualise ses parents, les introduit dans ses fantasmes comme objets de désir et mime sans pudeur ni sens moral leurs gestes sexuels d’adultes. C’est la première fois dans sa vie que l’enfant connaît un mouvement érotique de tout son corps vers le corps de l’autre. Il ne s’agit plus d’une bouche qui se tend vers un sein, mais d’un être tout entier qui veut étreindre le corps tout entier de sa mère. Or, s’il est vrai que l’enfant oedipien est heureux de désirer et d’en retirer du plaisir, il est encore plus vrai que désir et plaisir l’effraient parce qu’il les redoute comme un danger. Quel danger ? Le danger de voir son corps s’affoler sous l’ardeur de ses élans ; le danger de voir sa tête éclater faute de pouvoir maîtriser mentalement son désir ; et enfin le danger d’être puni par la Loi de l’interdit de l’inceste pour avoir pris ses parents comme partenaires sexuels. Excité par le désir, heureux avec ses fantasmes mais aussi angoissé, l’enfant est perdu et tout désemparé. La crise oedipienne est un insupportable tiraillement entre le plaisir érotique et la peur, entre l’exaltation de désirer et la peur de disparaître dans les flammes du désir.
Ainsi, l’enfant réagit-il sans transiger. Écartelé entre la joie et l’angoisse, il n’a d’autre issue que de tout oublier et de tout effacer. Oui, l’enfant oedipien, qu’il soit garçon ou fille, refoule vigoureusement fantasmes et angoisse, cesse de tenir ses parents pour des partenaires sexuels, et devient dès lors disponible pour conquérir de nouveaux et légitimes objets de désir. C’est ainsi que progressivement il découvre la pudeur, développe le sentiment de culpabilité, le sens moral, et assied son identité sexuelle d’homme ou de femme.
Remarquons qu’après une période de relative accalmie pulsionnelle - je dis bien relative -, se produira à la puberté une seconde secousse oedipienne. Tout comme il l’avait déjà fait à quatre ans, le jeune adolescent devra ajuster l’ardeur de ses impulsions à son nouveau corps en pleine métamorphose pubertaire et aux nouvelles sollicitations sociales. (...) Néanmoins, le volcan oedipien ne s’éteint pas à l’adolescence. Beaucoup plus tard, à l’âge adulte, à l’occasion d’un conflit affectif, de nouvelles irruptions pourront éclater sous la forme de souffrances névrotiques telles que la phobie, l’hystérie et l’obsession. (...)
L’Oedipe, c’est l’épreuve vécue par un enfant d’environ quatre ans qui, dépassé par un désir sexuel incontrôlable, doit apprendre à borner son élan et l’ajuster aux limites de son corps immature, aux limites de sa conscience naissante, aux limites de sa peur, et enfin, aux limites d’une Loi tacite qui lui ordonne de cesser de prendre ses parents pour des objets sexuels. Voici donc l’essentiel de la crise oedipienne : apprendre à canaliser un désir débordant. Lors de l’Oedipe, c’est la première fois de notre vie que nous disons à notre insolent désir : « Du calme ! Tiens-toi plus tranquille ! Apprends à vivre en société ! ».
Aussi concluons-nous que l’Oedipe est le douloureux et initiatique passage d’un désir sauvage à un désir socialisé, et l’acceptation tout aussi douloureuse que nos désirs ne sauront jamais se satisfaire totalement. (...)
Enfin, l’0edipe est aussi un mythe, puisque cette crise réelle et concrète qui survient chez un enfant de quatre ans, cette crise est une éclatante allégorie du combat entre les forces impétueuses du désir individuel et les forces de civilisation qui s’y opposent. »
J.D Nasio. L’Oedipe, le concept le plus crucial de la psychanalyse. Collection Désir. Edition Payot. P 4 à 6.